«Insuffisance de preuve», motif avancé par la justice pour libérer Woodly Ethéart et Renel Nelfort, accusés de kidnapping

samedi 18 avril 2015

P-au-P, 17 avril 2015 [AlterPresse] --- Sur la base d’ « insuffisance de preuve », le tribunal criminel, siégeant sans assistance de jury, a rendu ce 17 avril, son verdict en faveur de Woodly Ethéart , alias « Sonson Lafamilia » et Renel Nelfort, surnommé « Le Récif », accusés d’enlèvements et de séquestration, de blanchiment des avoirs, de trafic illicite de la drogue, d’assassinat et d’association de malfaiteurs, observe AlterPresse.

« Il y a lieu pour le tribunal de faire sienne la réquisition faite par le Ministère public et celle du Conseil de la défense. Le tribunal, sur les conclusions du Ministère public, dit et déclare non coupables les accusés Woodly Ethéart et Renel Nelfort des faits d’enlèvements, de séquestration, de blanchiment des avoirs, de trafic illicite de la drogue, d’assassinat et d’association de malfaiteurs », déclare le juge Lamarre Bélizaire au terme d’une audience qui a duré plus de six heures d’horloge.

Il soutient qu’il a formulé ce verdict « pour insuffisance de preuve et de charge ». Ce qui renvoie les accusés « hors des liens de l’accusation ».

Le juge Lamarre Bélizaire ordonne la levée de tous les scellés, qui sont apposés sur les immeubles des accusés et la levée de l’interdiction de départ qui a été prise à l’encontre de Woodly Ethéart.

L’ordonnance du juge d’instruction au tribunal de première instance de Port-au-Prince, Sonel Jean-François, en date du 5 mars 2015, avait renvoyé Woodly Ethéart et Renel Nelfort par devant le tribunal criminel en tant qu’« auteurs intellectuels » de plusieurs actes de grand banditisme, dont le kidnapping contre rançon.

Durant le jugement, Armand Romain, qui a été enlevé, a déclaré pour le tribunal, que, lors de son enlèvement, il n’a pas vu et entendu les deux accusés (Woodly Ethéart et Renel Nelfort). Il a, cependant, indexé trois autres accusés, qui, selon l’ordonnance, travaillait pour Ethéart, identifié comme chef d’un gang appelé « Galil ».

Ethéart a été arrêté le 8 mai 2014.

L’affaire n’a pas cessé de susciter des remous, surtout en raison des liens présumés que ce dernier entretiendrait avec le président Michel Martelly.

Selon le Réseau national de défense des droits humains (Rnddh), le « Gang Galil » a reçu des rançons chiffrées à « un million huit cent quatre-vingt-neuf mille cinq cents – 1,889,500.00 - dollars américains », des mains de 13 victimes kidnappées sur l’intervalle du 11 janvier 2011 au 18 janvier 2014, dénonce le Rnnddh dans un rapport publié le mardi 18 mars 2014.

Les accusés ont été entendus séparément et ont déclaré qu’ils n’ont rien à voir dans les faits d’enlèvement de personnes, de séquestrations contre rançon, de blanchiment des avoirs, de trafic illicite de la drogue, d’assassinat et d’association de malfaiteurs.

Le juge considère qu’ « aucune pièce à conviction et aucun corps de délit ne sont versés dans l’ensemble du dossier ».

« Tous les témoins, cités par le Ministère public (…), ont pris la poudre d’escampette », ajoute-t-il.

Le Ministère public, après avoir analysé « minutieusement » l’ensemble du dossier, qui est en sa possession, a déclaré pour le tribunal qu’il a renoncé à l’accusation.

A l’issue de l’audience, les accusés n’ont voulu faire aucune déclaration à la presse.

12 autres individus doivent se présenter au Tribunal criminel sans assistance de jury sous les chefs d’accusation de « détention illégale d’armes à feu, faux et usage de faux, usurpation de titre, vols de véhicules »– en plus de ceux retenus contre Ethéart et Nelfort. 7 des inculpés sont en cavale.

Des organismes de défense de droits humains avaient dénoncé, par avance, l’éventualité d’un procès expéditif au bénéfice des accusés.

Le Rnddh avait souligné l’irrégularité de ce procès, alors que certains accusés dans la même affaire ont fait appel de l’ordonnance du juge d’instruction. La cour d’appel devait, en principe, se prononcer avant toute autre étape du dossier. 

Alter Presse



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