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Le blocage de la justice : une question d'impunité

publié le 30 sept. 2014 à 09:42 par Haïti lutte contre-impunité   [ mis à jour : 30 sept. 2014 à 10:04 ]

LE BLOCAGE DE LA JUSTICE : UNE QUESTION D’IMPUNITÉ

Par Jean-Claude Bajeux, 30 septembre 2008


Le dernier chapitre du livre de Bernard Diederich, le chapitre 42, Une justice sélective ou l’art du faux –semblant, montre bien l’impuissance du système de justice haïtien, pendant les vingt ans qui ont succédé aux 29 années de dictature des Duvalier. Jamais la demande de justice n’avait été aussi  forte, suscitée par l’accumulation des crimes de sang, des disparitions forcées et de la torture ainsi que par l’ampleur  des détournements de fonds de l’État, qui montaient à des centaines  de millions de dollars.

La paralysie du système de justice haïtien a des causes qui ont été analysées dans de nombreux  rapports, tout au long de ces vingt  dernières années. Le peu d’investissement  fait par l’État  dans ce  domaine  explique en partie  l’absence d’activité et de résultat. La peur et la corruption y ajoutent leurs effets. Il est important d’indiquer ici deux autres facteurs pour la bonne raison que s’ils ne sont pas contrôlés, il n’ y a aucune chance qu’ un gouvernement  puisse engager le pays sur la voie du développement (pudiquement appelé ces jours-ci. « La  réduction de la pauvreté»).

Le bouclage de la justice s’est transformé en un système dont la pièce maitresse est l’existence d’une impunité réciproque  garantie aux délinquants, ceux qui violent les droits des personnes, leur vie  et leur  corps, et ceux qui détournent l’argent  de l’État.. On retrouve  ce système  à travers les deux cents années  de l’existence  de l’État haïtien. L‘étonnant  c’est le jeu de l’impunité où chacun trouve un autre chacun pour couvrir leurs violations et détournements et empêcher qu’ils soient sanctionnés. Il s’agit d’un maillage  serré par-delà les clivages politico-idéologiques, un système de sécurité réciproque.

Mais ce qui est encore plus étonnant, c’est la participation des acteurs internationaux dans ce jeu, qu’il s’agisse de gouvernements ou d’institutions spécialisées. Les raisons de cette indulgence ou complicité sont diverses. On ne veut pas faire de vagues. On n’a pas le temps pour ça. On n’est pas venu pour ça. Ou bien encore, subsiste un certain romantisme concernant des mouvements qui se veulent populistes ou gauchistes. Ou bien encore, ce passé vaut-il la peine qu’on y pense, sans parler encore de certaines connotations racistes.  Malgré tout, depuis  Nuremberg, le droit international sur ce sujet n’a cessé de se préciser et de s’accroître, rendant possible, par exemple, de sanctionner des Pinochet ou des Charles Taylor.

Au cœur du problème, on découvrira quelque chose qui semble lié avec la politique, une capacité d’excuser le recours à la délinquance comme un facteur nécessaire au succès d’un mouvement historique. Il se produit donc une extinction de la dualité bien et mal, un court-circuit de la conscience morale comme si, à partir de ce moment, un nouveau monde s’ offrait  aux acteurs , un monde où auraient disparu les limites imposées par l’ éthique et où  dominent les facilités inhérentes à la délinquance, l’or et le sang. Dans cette mise en parenthèses de la conscience éthique, la responsabilité est évacuée. Il n’est pas question de reddition de comptes. Ce vécu d’un au-delà, vécu  des ici-bas, produit cette insensibilité que l’auteur du Prix du sang et de l’héritier  a noté chez les protagonistes  de ce royaume  où n’existent ni le jour ni la nuit, ni le faux ni le vrai, ni le oui, ni le non, seul le vouloir du pouvoir.

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