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François Chavenet parle de son oncle, Marcel Numa, et de Jeune Haïti

publié le 9 nov. 2014 à 16:01 par Haïti lutte contre-impunité   [ mis à jour : 12 nov. 2014 à 11:22 ]

Mesdames et Messieurs,

Je tiens tout d'abord à remercier Ralph Allen pour son exposé combien lumineux sur JH et également le groupe Devoir de Mémoire qui, aujourd'hui, confirme bien son nom, puisque, personnellement, neveu de Marcel Numa, j'ai eu droit pour la première fois de ma vie à des documents qui éclairent davantage ma curiosité sur ce membre de la famille dont la photo avec Milou Drouin reste le symbole d'un mouvement et d'une époque. 

Je n'ai pu m'empêcher de pousser un soupir, puisque l'ensemble des préoccupations socio-économiques qu'ils avaient à l'époque et qui les a motivés à prendre le risque ultime restent tout à fait d'actualité.

J'en veux pour preuve le fait que la CCIGA (Chambre de Commerce et d'Industrie de la Grande-Anse) que je préside, à travers son Plan de Développement Régional Intégré, essaie d'attaquer les réalités du moment à partir des mêmes constats qui, à l'époque, alarmaient ces jeunes.

Les préoccupations restent fondamentales et récurrentes. Il s'agit toujours d'environnement, d'éducation, d'organisation de l'Etat, de développement économique, d'équité sociale, etc.

Une analyse plus fine de leur réflexion révèle également qu'ils étaient des avant-gardistes quant au classement du PNUD bien connu sous le label d'Indice de Développement Humain. Le classement de notre nation serait aujourd'hui plus digne de notre glorieux passé.

Il y a cinquante ans, j'avais à peine deux ans et n'ai pas connu cet oncle avec qui on me prête une certaine ressemblance physique et le tempérament fougueux. Les neveux et nièces de Marcel ont vu pour la première fois des photos de notre oncle souriant et si différentes de celles de son exécution.

Cependant, ce demi-siècle m'a aussi forcé à me pencher sur un état des lieux mondial. Je constate que plusieurs pays actuellement industrialisés ou émergents, présentaient des caractéristiques similaires au nôtre à l'époque : les tigres asiatiques, si on reste sur ce continent où le cas de Taïwan est particulièrement frappant, puisqu'étant comme nous une île et un territoire d'à peu près la même taille.

Ces cinquante ans, c'est aussi deux générations et demie dont le destin aurait pu etre façonné différemment. Ceci me fait penser à cette réflexion de l'ancien président américain Theodore Roosevelt qui disait en résumé ceci : Chaque génération a la responsabilité de faire fructifier l'héritage reçu et de le remettre bonifié à la prochaine...

Quand vous aurez, je l'espère, pris connaissance des textes fondateurs du mouvement JH, vous mesurerez davantage la portée de cette réflexion. 

Ceux qui ont dû laisser le pays ont contribué à former des citoyens d'autres nations qui, aujourd'hui, nous surpassent et n'ont pas forcément "devoir de mémoire" de notre apport à leur propre développement.

Il y a un demi-siècle, la GA était un paradis environnemental. Elle est encore cet Eldorado possible aujourd'hui, si et seulement si les filles et les fils du département prennent conscience que le temps fait son œuvre et qu'il n'est pas question de commémorer les trois quarts de siècle du débarquement dans les mêmes conditions.

Pour cela, la page doit être tournée avec en tête les réflexions pour lesquelles les 13 ont payé un lourd tribut. De nouvelles armes sont aujourd'hui disponibles grâce à la technologie et à la globalisation. Nous avons surtout besoin d'investisseurs pour créer des emplois, et les GA eux-mêmes doivent donner l'exemple. Des usines de traitement du cacao et du café, entre autres, existaient à cette époque. Faisons en sorte de les re-instituer car, grâce au commerce équitable générant un "premium" sur les marchés spécialisés, une meilleure distribution des revenus est possible. Ce faisant, nous aurons concrétisé un point important de l'article 9, paragraphe C des statuts de JH, à savoir : "le renforcement des liens avec toutes les couches sociales"...

Mesdames et Messieurs, une boutade ou blague connue veut faire croire que si les Suisses fabriquent les montres, nous autres, Haïtiens, nous détenons le temps, à en juger par notre nonchalance à prendre en main les choses déterminantes quitte à en laisser l'initiative aux autres...

Montrons, à partir de cette commémoration, que nous pouvons avoir le sens de l'urgence, car c'est avec cette conscience que nous pourrons renverser la donne a l'échelle des 10 départements. Et faisons en sorte que le slogan de JH : "Instruction + Travail = Liberté" devienne une réalité.

Je vous remercie. 


François Chavenet
Août 2014

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