En lumière‎ > ‎Articles en vedette‎ > ‎

Haïti-Duvalier : Exercer la mémoire

publié le 6 févr. 2015 à 12:44 par Haïti lutte contre-impunité   [ mis à jour : 7 févr. 2015 à 09:03 ]

Exercer la mémoire

Par Suzy Castor *


Un an déjà depuis ce jour du 12 janvier où la terre a secoué Port-au-Prince, la zone métropolitaine et ses environs. L’année 2010 est chargée de toutes sortes de péripéties (ouragan, bourrasque, choléra, élections) qui compliquèrent la vie déjà difficile de la population. Et pour comble, l’année 2011 s’ouvre une nouvelle fois sur un séisme d’un autre genre : le retour de Jean-Claude Duvalier en Haïti. En effet, au cours du mois de janvier dernier, les Haïtiens incrédules, virent atterrir sur le sol haïtien le digne représentant de la dictature duvaliériste effondrée sous le coup de la résistance populaire en février 1986.

Cette réunion réalisée aujourd’hui par FOKAL en ce jour de commémoration du 25e anniversaire du triomphe populaire avec la fuite du président et le renversement d’une des dictatures les plus longues de notre histoire, provoque des réflexions sur cet anniversaire, quand l’horloge de l’histoire semble reculer, puisque Jean- Claude Duvalier est revenu tranquillement comme simple citoyen sur cette terre d’Haïti…..L’indignation, la colère, le sentiment d’impuissance, d’échec se sont emparés de bon nombre de citoyens, qui calibraient ce retour non pour ses retombées politiques, pas tellement importantes, mais surtout pour sa forte charge symbolique, sa valeur éthique et morale. Il nous faut aussi noter qu’en même temps le désir de connaitre davantage le phénomène du duvaliérisme et de la période vécue récemment par le peuple haïtien s’est manifesté. 

Ne nous faisons pas d’illusions. Les femmes et les hommes âgés aujourd’hui de 70 ans environ, n’auront connu durant toute leur vie que le règne du duvaliérisme et de la transition. Un jeune de 12 ans en l957, bien que subissant la dictature, n’aura entendu d’elle que ce que disaient les ainés, ou l’auraient vécu furtivement à partir des yeux de l’enfance comme Anne Frank qui avait vu le nazisme à travers la fenêtre de sa chambre… Ces enfants ont vécu avec des libertés assiégées, des regards pleins d’angoisses, des questions que personne n’osaient répondre avec clarté, pour les protéger, pour se protéger. Il valait mieux ne pas savoir. Cette génération a grandi avec une connaissance de cette époque par morceaux, en petites portions, comme fragments d’une vérité inachevée.


D’un autre côté, la génération des jeunes de moins de 35 ans n’a pas connu cette période sombre de notre histoire, et a vécu l’explosion et l’euphorie de la transition qui cependant s’allonge de façon désespérante. Face a une crise globale de notre société, face aux incertitudes de sortie de crise, face aux dérives et difficultés qui s’accumulent et à une inefficacité irritante, certains groupes - heureusement de façon minoritaire - parlent de retour a la dictature…..et d’autrefois meilleurs.


CLIQUER POUR CONTINUER LA LECTURE